Orpheus m'a demandé un jour s'il avait l'adresse de ce blog.

La réponse est oui. Mais je compte sur l'oubli, le niveau d'occupation, la flemme, je mise totalement sur mon propre déni, pour essayer de faire comme si : non.

Parfois je m'interroge : tiens, c'est une allusion, là ? Mais globalement je sépare le morceau de cerveau qui s'épanche ici pour digérer la vie de celui qui parle vraiment avec lui. Celle qui écrit le fait comme s'il n'y avait aucun témoin. Celle qui vit... vit.

Il m'arrive de remonter quelques billets, avec un frisson de terreur. Oh ! Est-ce qu'il a lu ça ? Et celui-ci ? Ohlalalala je suis à poil (parfois littéralement) dans celui-ci !

En fait, je m'en fous. Il se trouve qu'un jour j'ai réalisé que c'était lui la personne à qui j'avais envie de parler. Qu’il lise ce blog ou pas ne fait qu’ouvrir (ou pas) d’autres portes, derrière lesquelles se trouvent des choses qu’il n’a sans doute pas attendu pour deviner. Et dont je n’ai pas honte.

Sous un pin parasol. La part dans l'ombre. Tu l'as ?

Seulement, il y a une immense part que je laisse dans l'ombre, dans ce que j'écris ici.

Ce qu'il pourrait, lui, penser, ressentir. D'abord parce que c'est son histoire et que ça n'est pas à moi de la raconter - à supposer que j'ai des certitudes fermes à ce sujet, même si j'ai quelques idées. Et puis le contenu de nos échanges, bien sûr, qui n'appartient qu'à nous deux.

Et, si vous ne vous en étiez pas rendu compte, je mets un filtre de plus. Celui de mes grigris contre la peur, la douleur. Mes artifices de pas d'attente, mes crâneries de même pas mal ou de même pas j'ai le coeur qui bat. Des superstitions, des précautions.

Parfois, on a l'impression que je me donne corps et âme, dos de la main posé sur le front, semi-pâmée, à un homme qui m'ignore à demi et me regarde à peine.

C'est complètement faux.

La part de l’histoire qui est dans l’ombre, ce n’est pas ce qui pourrait y manquer certains jours, mais bien ce que je vis, pour de vrai.

C’est fort dommage pour vous, parce que le meilleur, c’est tout ce que je n’écris pas ici. Et lui le sait. Enfin j’espère.