Ça serait tellement plus facile d'être misandre.
Détester les mecs en bloc, dire des horreurs, sans nuances, sans doutes, les haïr du fond de mon coeur et passer à autre chose. Tous. Sans exception.
Mais voilà. Je suis plutôt mis-t-andre. Ou Mis-tendre. Enfin la graphie qui vous ira le mieux.
Parce que bon. Je vois bien qu'ils sont perdus, presque tous.
Gavés de privilèges, d'avantages dont ils n'ont même pas conscience et pas tellement plus heureux pour autant.
Et perdus.
Encouragés à être forts, courageux. À être les chefs, les leaders, à se mettre en avant.
Pas très équipés pour vivre avec la complexité, l'émotion. Et encore moins la complexité de leurs émotions.
Ou pour se débrouiller dans la vie quotidienne.
Même chez les déconstruits, même chez les "nouveaux pères", comme on disait il y a dix ans. Même chez les moins cons que d'autres. Même chez les gentils, les vrais et les auto proclamés, chez les artistico-bons-à-rien, comme dirait Sylvie[1], même chez ceux qui ne sont faits que de chiffres.
Alors certes, il n'y a pas de fatalité, tout s'apprend, mais ça veut dire aussi être vulnérable et l'accepter.
Et oui, je suis d'accord, chez les femmes aussi il y a des failles narcissiques plus profondes que la fosse des Mariannes, des peurs. On a tous des bavardes dans la tête.
Mais chez les hommes, chez presque tous les hommes, je vois ce petit garçon qui a envie qu'on l'aime et à qui on dit de ne pas pleurer. On ne pleure pas, quand on est un homme.
Alors, chez mes préférés, ça m'attendrit malgré la rage de ce qu'ils nous font, même ceux qui ont compris que les femmes sont des êtres humains à part entière. Même quand je suis exaspérée, folle de rage, couturée de cicatrices que je serai seule à supporter, même quand je ne leur trouve plus que ça comme excuse.
Ça n'empêche pas le féminisme, ça n'empêche pas de voir les problèmes systémiques, oh non.
Mais ça permet de voir aussi chaque individu en dehors du groupe.
Et de devenir mis-t-andre.

Note
[1] Dont le sens de la formule crée des expressions qui continuent à vivre des décennies parmi ses ami(e)s

Je te comprends tellement, c'est difficile en réalité de ne pas verser dans l'extrême quand on essaie de réfléchir un peu à nos principes. Mais il faut continuer à aimer à peu près tout le monde. Ils en ont besoin.
Très d'accord pour (tenter de) voir chaque individu en dehors du groupe.
On a eu au boulot une formation qui était un atelier au sujet du sexisme et j'ai pris conscience d'à quel point les femmes de ma génération (naissance années 60) on avait intégré comme inévitables et constitutives plein de défaillances des hommes, exactement comme on intègre qu'on ne peut pas demander telle ou telle chose à un enfant de moins de tel ou tel âge. Et qu'au fond on avait lâché l'affaire sur se mettre en avant et les enjeux de pouvoir pour se consacrer à l'essentiel c'est-à-dire la logistique, l'intendance et les gens. J'ai pris conscience que certaines femmes qui s'étaient fort bien adaptées au rôle qui leur était attribué, séduction (pouvoir via la séduction) et frivolité, étaient à l'heure actuelle aussi perdues que de vieux boomers hommes restés dans leurs schémas anciens de façons de (perce)voir les choses. C'était fichtrement intéressant.
Matoo à peu près tout le monde je ne sais pas, mais ne pas brûler ce qu'on a adoré, comme dirait l'autre. Bref. C'est compliqué la vie !
gilda je pense que les femmes des années 70 ont les mêmes renoncements. C'est toujours intéressant quand on regarde : ok il y a de grandes causes systémiques mais qui sont elles-mêmes les conséquences de quelque chose.
Et puis on peut voir avec tendresse des individus et leurs ressorts sans se faire un devoir de les sauver d'eux mêmes. C'est un putain de soulagement de se dire ça.
C'est un putain de soulagement de se dire ça. => oui
Ce qui m'a scotchée dans cet atelier, c'est la prise de conscience de renoncements tellement intégrés que nous ne les percevions même pas comme tels).
Sinon artistico-bons-à-rien m'est également resté et puis bien sûr la Bécassine béate que je suis doit aussi beaucoup à notre amie commune. Sans compter la théorie du Gros Manseng mais qui fut élaborée en commun avec Kozlika si je me souviens bien.
“Et puis on peut voir avec tendresse des individus et leurs ressorts sans se faire un devoir de les sauver d'eux mêmes. C'est un putain de soulagement de se dire ça.”
On peut, mais c'est pas simple tous les jours...
Faut pas faire les choses à moitié… Pourquoi être seulement misandre quand on peut être misanthrope ! 🤭
(Blague à part, c’est justement les quelques exceptions dans chacune des deux équipes qui m’empêchent de basculer dans une détestation généralisée…)
gilda ben oui puisque nous existons pour "prendre soin", voyons.
Il avait l'air chouette, cet atelier.
Anna ça s'apprend, ça se travaille.
Orpheus oui mais si on déteste tout le monde on se déteste soi, et ça, j'ai arrêté.