On peut aimer l'art pour la maîtrise technique, on peut admirer sans être touché ; pour moi le pari est gagné quand les émotions entrent en scène, quand les résonances se mettent en place, quand une œuvre nous apprend quelque chose sur elle et sur nous.
Hier j'ai vu un film qui m'a bouleversée[1]. Un film qui en met plein la gueule discrètement, si j'ose dire, pour lequel on met un moment à déceler comment il s'avance, ce qu'il raconte vraiment se résume en une phrase et est impossible à expliquer à la fois.
Il m'a touchée au cœur du cœur. Pour ce qu'il est et ce qu'il raconte, autant que pour ce qu'il m'a tendu comme miroir vers des bouts de moi dont je n'avais jamais parlé à personne.
Je vous le dis tout de suite, impossible de sortir de là dans la joie et la bonne humeur. Ou alors en allant voir un autre film.
Si peu de mots mais des phrases comme des flèches qui touchent dans le mille. Des images parfois imprécises qui resteront gravées, longtemps.
Je suis rentrée, sidérée par ce que j'avais vu, par ce qui se passait à l'intérieur de moi. Encore plus à côté du monde que d'habitude.
Cette nuit, pour la première fois depuis longtemps, j'ai trouvé mon lit trop grand. Trop vide.
Moi qui ouvre tant les bras aux autres et me laisse si peu aller dans les bras d'autres, il me manquait ça.
Un humain contre qui me blottir, qui me prendrait dans les bras et me dirait "mais tu vois, ça va, tu es là, je suis là". Qui me dirait qu'il m'a vue frémir, vibrer, pleurer et rire, qu'il a vu toutes les nuances de mes ombres et de ma lumière, toutes les teintes de mon amour et que ça va. Que lui contre moi, ça donne un sens à tout ce qui n'en a pas, ça rend la solitude fondamentale plus habitable.
Les yeux grand ouverts dans le noir, je me suis rappelé que jamais l'un des hommes qui a partagé mon lit ne m'avait vue en entier. Plus nue dans mon âme que le corps qu'ils tenaient contre eux.
Qu'aucun n'avait su me faire croire à son "ça va". Qu'aucun n'avait été capable d'apaiser ça, en moi.
On apprend, hein.
Pas de drame, il y a des millions de gens qui ont des histoires bien plus invivables que la mienne.
Je ne m'attendais juste pas à cette mise à nu devant ce film.
Ni à ce manque de cette connexion intime absolue. On peut manquer de quelque chose qu'on n'a jamais eu.

Note
[1] "Les échos du passé, pour ceux qui sont obsédés par les références, mouarf

Rien de tel qu’un film pour faire surgir des trucs qu’on attendait pas ou qu’on croyait tranquillement enfouies…
Il faut que je le voie, ce film. Et que je découvre ce qu'il me fait.
C'est beau ce que tu écris.
Orpheus oh ça marche très bien avec certains livres / sculptures / photos / morceaux de musique etc, en ce qui me concerne !!!
Laurent merci. (Je dois prévenir, à en juger par le bruit de la salle, ça n'a pas plu à tout le monde, loin de là).